Steiner : l'être avant tout
© Annie Spratt

enfants sont inscrits dans les 22 structures Steiner-Waldorf de France

La pédagogie Steiner est l’une des plus anciennes pédagogies alternatives appliquées à des établissements scolaires. Elle découle notamment du courant anthroposophique créé par Rudolf Steiner au début du XXe siècle. Focus sur cet enseignement alternatif.

« Le développement de l’enfant » : tel est l’un des grands principes de la pédagogie Steiner. Joseph Albrecht, papa d’un enfant de 5 ans en Ariège, a fait le choix de l’école Steiner Chant’Arize de Campagne-sur-Arize (09). Selon lui, « les professeurs participent au développement de l’enfant en l’observant dans sa globalité. Dans ce qu’il est en tant qu’être humain tout entier ». Une différence flagrante avec l’éducation publique, selon Joseph qui travaille sur le domaine de l’école en tant que maraîcher. « Il ne s’agit pas uniquement d’un mental, puisque nous sommes aussi des êtres sensibles, des êtres de volonté, des êtres de pensée. C’est une pédagogie qui prend un compte toute cette entièreté de l’être humain ». Une entièreté que l’on retrouve dans la philosophie de l’anthroposophie, courant de pensée controversé fondé au début du XXe siècle, par Rudolf Steiner (1861-1925).

Dans le développement de l’enfant, il est question d’observation « Toujours regarder l’enfant, et plus tard le jeune adulte là où il en est, à un instant précis ». Joseph Albrecht ajoute : « on est unique, on ne peut donc pas éduquer trois enfants de la même manière ». La pédagogie Steiner prône en effet « l’individualité humaine. Autrement dit, apprendre à vivre au sein d’une collectivité, d’une société. Un apprentissage qui commence au jardin d’enfant [ndlr. l’équivalent de la maternelle] en prenant conscience de l’autre en tant qu’individu différent de soi-même ».

« Cette pédagogie vise à favoriser l’autonomie, l’initiative ou la curiosité des enfants », selon les mots de Rahel Scheckel, jardinière d’enfants au sein de la même école. La liberté est un élément central. « Ici, on a très peu de règles. On a des tables, on peut monter dessus. Le matériel n’est pas fixe. C’est une liberté. Je peux marcher dans la boue et sauter dans une flaque d’eau parce que ça me fait plaisir, c’est la découverte ».

Un apprentissage qui commence au jardin d’enfant en prenant conscience de l’autre en tant qu’individu différent de soi-même.

Joseph Albrecht,

parent d'un élève à l'école Steiner

A l’aide de la pédagogie Steiner, l’enfant travaille sur « le développement personnel » affirme Joseph Albrecht. Il poursuit, convaincu de cette pédagogie : les « jeunes gens âgés de 20 ans, qui ont fait leur scolarité au sein des écoles Steiner, sont des personnes qui savent qui elles sont. Elles savent communiquer avec les autres, entrer en contact avec un inconnu. Ces jeunes ont une réelle capacité d’apprentissage, des mécanismes cérébraux en bon état de fonctionnement et énormément de clés, d’outils pour vivre dans la société actuelle ». Autant d’éléments et de compétences « qu’on ne retrouve pas vraiment chez des jeunes qui sortent du bac à 18 ans. Ils ne savent pas qui ils sont, ils ne se trouvent plus eux-mêmes ».

« Apprendre comment réagit la nature »

Outre l’entièreté de l’être humain, la pédagogie Steiner accorde une place prépondérante à l’environnement, à la nature. La volonté de rester en osmose avec celle-ci est primordiale. Le fait que l’école soit appelée « jardin d’enfant », que les professeurs soient les « jardiniers d’enfants » est tout sauf anecdotique. « Ces règles de survie dans la ville qui sont très importantes, sont moins présentes dans la nature. Ici, on est sur un domaine où les enfants peuvent courir partout, il n’y a pas de voiture qui passe. […] Il y a le contact avec les animaux qui fait du bien, qui nous permet de nous positionner en tant qu’être humain, et de voir comment une plante pousse », déclare Joseph Albrecht, parent d’élève à l’école Chant’Arize.

Toutes ces conceptions « sont des bases dans la vie et nous donnent beaucoup de dévotion et de respect pour la nature. Ce sont toutes ces choses qu’on ne voit pas dans les villes ». En effet, selon le pédagogue Rudolf Steiner, « l’âme humaine ne peut se développer que sous les arbres ». Le maraîcher poursuit : « Les enfants jouent librement dans la nature ou en classe. Ils sont beaucoup à l’extérieur, même s’il pleut. Les enfants observent beaucoup la nature. On les laisse faire, ils grimpent dans les arbres. C’est comme ça qu’ils apprennent leur propre équilibre et apprennent comment réagit la nature. Un enfant est toujours curieux et s’émerveille de plein de choses, nous en tant qu’adultes, on est juste là pour les accompagner ».

 L’âme humaine ne peut se développer que sous les arbres.

Rudolf Steiner,

pédagogue fondateur de la pédagogie Steiner-Waldorf

« Dès la première classe, ils apprennent à jouer de la flûte à bec et à chanter de petites chansons »

Rahel Scheckel,

jardinière, animatrice et éducatrice

Plongée au cœur
de la pédagogie Steiner

Les pédagogies alternatives riment souvent avec idéologies. Mais à quoi ressemblent les journées dans ces écoles ? Quel est l’emploi du temps des enfants ? Voici un tour d’horizon d’une journée à l’école Steiner Chant’Arize de Campagne-sur-Arize (09).

8h30, le début d’une nouvelle journée à l’école Steiner. Pour les plus jeunes, un délai supplémentaire leur est accordé. Ils ont jusqu’à 9h30 pour rejoindre l’école et être accueillis par les adultes encadrants. A leur arrivée, c’est « naturellement » qu’ils se précipitent vers la zone de jeu. Et pourtant, les activités dites « pédagogiques » ont lieu le matin. Selon Rahel Scheckel, à la fois jardinière, animatrice et éducatrice dans l’école, « un enfant est plus réceptif le matin ». Pour ces projets pédagogiques, les adultes proposent des thèmes en fonction de l’âge des élèves. Des travaux leur sont donnés, mais libre à chacun d’approfondir leurs recherches et leurs connaissances sur le sujet. Pour se faire, la pédagogie Steiner préfère l’apprentissage « par le livre » et n’utilise internet et autres technologies qu’en dernier recours.

Au cours de ces projets, la compétence travaillée par les élèves est plus importante que la matière traditionnelle utilisée (français, mathématiques, histoire…). Les plus petits se focalisent sur l’expression orale et corporelle, pendant que leurs aînés travaillent davantage l’expression écrite. En parallèle de ces programmes pédagogiques, les enfants travaillent aussi leur mobilité dans l’espace. L’eurythmie, art du mouvement, est une spécialité de l’école ariégeoise. Par la danse ou autre jeu, les enfants apprennent à se mouvoir dans l’espace, le tour rythmé par une musique.  

En milieu de matinée, tous les enfants cessent leurs activités pour se rejoindre autour d’un goûter. Une fois réunis, ils commencent par entonner une chanson. Pendant cette pause gustative, les élèves font l’apprentissage des règles de savoir-vivre : attendre son tour pour être servi, attendre les autres avant de repartir vaquer à ses occupations.

Vers 11 heures, les enfants et les adultes s’habillent pour aller dans la cour, à l’extérieur. Là encore, chacun est libre de faire ce que bon lui semble. Les enfants jouent dans le bac à sable ou dans la cabane de la cour. Les adultes en profitent pour entretenir le jardin, avec l’aide de certains curieux.

L’après-midi, certains enfants rentrent chez eux et l’école se transforme en une garderie améliorée, sans apport pédagogique.

Une journée différente de celles que l’Education nationale propose à ses élèves. Et pour cause, les activités extra-scolaires y ont une place de choix. Le chant et la musique font partie du quotidien des élèves de l’école. « Dès la première classe, ils apprennent à jouer de la flûte à bec et à chanter de petites chansons ». Le dessin et la peinture attirent, eux aussi, un grand nombre de fans. Et puis, dans la catégorie des activités créatrices, le tricot, le crochet et le point de croix sont intégrés au programme des premières classes de l’école. D’autres activités sont pratiquées par les élèves de cette école Steiner, comme le sport. Généralement associé à des jeux coopératifs, le sport ne connaît ni perdant ni gagnant dans la pédagogie Steiner.

Inès Hirigoyen et Florian Cauquil