La classe de fêtes en fêtes
© Markus Spiske

En raison de leur mode de vie, les enfants forains sont nomades et ne vont pas à l’école de manière traditionnelle. Sur les routes, ils passent souvent d’écoles en écoles ou se déscolarisent rapidement. Enzo, 20 ans est une jeune de la communauté foraine. Elle nous raconte son rapport à l’école.

En ce moment, Enzo travaille à la foire de Rouen au stand de tir à la carabines qu’elle partage depuis toujours avec ses parents. Fille de foraine, elle baigne dans ce milieu depuis son enfance. Dans une communauté où le métier se transmet de générations en générations, elle affirme avoir «toujours connu» sa destinée de foraine.

C’était vraiment dur de s’intégrer mais parfois j’avais des amis forains du même âge et on demandait à la maîtresse de nous mettre ensemble, c’était un soulagement.

Enzo, foraine

Avec ses parents elle se déplace tous les mois dans les foires. Elle détient également un manège “en dur» sur la foire de Caen où elle reste dorénavant six mois par an.  

Enfant, les déplacements étaient encore plus fréquents, toutes les une ou deux semaines. Enzo allait d’écoles en écoles et se souvient d’une intégration difficile. «C’était vraiment dur de s’intégrer mais parfois j’avais des amis forains du même âge et on demandait à la maîtresse de nous mettre ensemble, c’était un soulagement», explique t-elle. Une intégration difficile d’autant plus que par leur mode de vie, les enfants forains ont souvent «un peu de retard scolaire par rapport aux autres», note Enzo. Elle se décrit comme une enfant timide, avec une peur de l’inconnu : «j’ai toujours été le petit bébé de la famille», ajoute-t-elle.

 © Reece W 

Cette peur de l’inconnu agit comme un déclencheur quand elle décide, avec ses parents de se déscolariser en CM2. Le collège, elle ne le fréquentera pas. Elle décide de s’inscrire au CNED jusqu’à ses 16 ans.

On a toujours eu peur de rencontrer des non-forains, parce qu’on reste entre nous la plupart du temps.

Enzo, foraine

Elle explique : «moi de base, je ne voulais pas aller au collège, mes parents ne voulaient pas non plus. On a toujours eu peur de rencontrer des non-forains, parce qu’on reste toujours entre nous la plupart du temps.» Une crainte du rejet et des mauvaises fréquentations qui la mène à se déscolariser. Avec le CNED, Enzo se décrit comme «bonne élève» mais ajoute : «je ne me prenais pas la tête, je le faisais car c’était obligatoire mais je savais que j’allais continuer ma vie après.» Pourtant dans sa famille, l’école c’est important : «il fallait absolument y aller, apprendre à lire, à compter», ajoute t-elle. Enzo a d’ailleurs beaucoup de gratitude envers ses parents de l’avoir poussé à fréquenter l’école. Dans sa communauté, la plupart du temps, les parents insistent pour que leurs enfants aillent à l’école.

J’aurais aimé voir ce que c’était, mais bon c’est un peu comme tout, quand on ne fait pas quelque chose on le regrette.

Enzo, foraine

Elle-même tient à scolariser ses futurs enfants. Avec du recul, Enzo avoue regretter aujourd’hui son choix de ne pas aller au collège :  «j’aurais aimé voir ce que c’était, mais bon c’est un peu comme tout, quand on ne fait pas quelque chose on le regrette.» Même si elle se définit comme très heureuse dans sa vie de foraine, elle pense souvent, avec admiration, à certaines de ses amies ayant poursuivi leur scolarité.

Par Eva Battut

 © Hello I’m Nik