« J'ai 13 ans, je suis en quatrième et je dors dans une voiture »
©NeONBRAND

Elisabeth* est assise au fond du gymnase Saint-Sernin de Toulouse, où de nombreuses familles se sont installées dans l’attente d’un logement. Elle n’est pas allée au collège aujourd’hui, du fait de sa situation particulière. Sa famille est sans-abri et vit dans une voiture. Par conséquent, pour elle, la scolarité n’est pas chose facile. Mature pour son âge, responsable et motivée, elle a accepté d’en parler et de témoigner de son expérience pour Cas d’écoles.

En 2012, environ 30 000 enfants vivent dans la rue en France d'après un rapport de l'Insee (même s'il est difficile de donner une estimation précise).

Dessin réalisé par Elisabeth

«Je m’appelle Elisabeth, j’ai 13 ans et je suis en quatrième dans un collège prestigieux de Toulouse. Je suis en France depuis un an. J’ai quitté l’Arménie avec mes parents et mon frère qui a dix ans. Il est en CM1. Nous vivons tous les quatre dans une voiture. Elle n’est jamais garée au même endroit, parce qu’on n’a pas le droit de la laisser plusieurs jours au même endroit.»

Tous les jours, Elisabeth va au collège. «Je ne manque presque jamais l’école, sauf dans les situations comme aujourd’hui, où on ne sait pas trop ce qui va se passer pour nous». Ce jour-là, la situation est assez confuse pour sa famille. Elle ne sait pas, si elle va pouvoir rester au gymnase ou devoir retourner vivre en voiture. «Tous les matins, je prends le petit-déjeuner au collège avec mon professeur FLE [ndlr : le professeur FLE est un professeur de Français Langue Etrangère, il enseigne le français aux étrangers en France] : trois matins en salle de classe et deux matins au CDI. Pendant ce temps, il me donne des cours de français

Ses matières préférées au collège ? «Les maths et l’anglais. Les autres matières sont beaucoup plus difficiles pour moi parce que je ne parle pas encore très bien français. Je n’aime pas trop le sport parce qu’il faut toujours courir et que je suis très souvent fatiguée. J’aimerais bien si on faisait de la danse

Elisabeth mange tous les midis à la cantine du collège et reste tous les soirs en permanence afin de faire ses devoirs. «Je ne peux pas les faire dans la voiture, donc je reste en heure d’étude. Une fois par semaine, on a une heure de permanence en classe entière, donc je peux demander aux autres élèves de m’expliquer si je n’ai pas tout compris. Mais je ne veux pas qu’ils sachent que je vis dans une voiture. J’ai peur qu’ils se moquent de moi

«Certains de mes professeurs connaissent ma situation mais ils s’en fichent. Il faut que mes devoirs soient faits comme tout le monde.» D’autres, pourtant, essaient de soutenir la jeune fille et acceptent de l’aider dans ses devoirs ainsi que dans sa vie scolaire. Mais, le travail à la maison reste compliqué pour Elisabeth : «tous les jours, c’est très difficile pour moi parce que je ne parle pas très bien français. Mes parents ne le parlent pas non plus donc ils ne peuvent pas m’aider pour mes devoirs.»

Et le fait de dormir dans une voiture, rend, entre autres, les journées d’école longues et laborieuses. « Dans la voiture, on dort souvent très mal. Je suis souvent fatiguée pendant la journée et j’ai du mal à me concentrer. C’est pareil pour mon frère, c’est aussi très dur pour lui. Le soir, quand je rentre, j’aime bien dessiner. Mais c’est toujours difficile de savoir que l’on va dormir dans une voiture et de ne pas savoir où on va dormir la nuit d’après. Aujourd’hui je ne suis pas allée au collège, parce que nous dormons dans le gymnase Saint-Sernin et que nous n’avons pas d’autre endroit où aller. Sinon j’y vais tous les jours. Même quand je suis fatiguée, je ne loupe pas les cours. L’école, c’est très important, pour avoir un métier et pour m’intégrer. »

Je ne veux pas qu’ils sachent que je vis dans une voiture. J’ai peur qu’ils se moquent de moi.

Elisabeth,

13 ans, sans-abris

La campagne Un toit pour apprendre, actrice de la réquisition du Gymnase.

Un gymnase réquisitionné

Au début du mois de novembre, le gymnase Saint–Sernin de Toulouse était réquisitionné par l’association Droit Au Logement 31. Le DAL lutte afin que tout le monde puisse avoir droit à un logement décent. Ce jour-là, une trentaine de familles étaient présentes dont une cinquantaine d’enfants. Habituellement, ces enfants vont à l’école mais dans cette situation, les parents ont préféré ne pas les y envoyer, de peur qu’ils soient expulsés du gymnase et qu’ils ne puissent pas aller les chercher le soir. Ainsi, grâce à des bénévoles, l’école est donc venue à eux. Les cours y étaient variés : théâtre, français ou encore karaté. Et même dans un gymnase, assis à même le sol, les enfants étaient motivés pour apprendre les parties du corps humain. Au bout de quatre jours, la mairie a trouvé des solutions de relogement pour toutes les familles présentes et les enfants ont donc pu retrouver le chemin de l’école.

*Le prénom a été changé, à la demande de la personne.

Lucie Lespinasse