Des écoles alternatives en plein essor ?

Les écoles alternatives séduisent de plus en plus. La plupart privées et hors contrat avec l’Education nationale. Montessori, Freinet, Steiner-Waldorf sont les plus plébiscitées. Mais d’autres écoles “différentes” voient également le jour, inspirées de pédagogies venues de l’étranger comme les Forest School, les écoles démocratiques… Dans certaines de ces écoles, les pédagogies et influences se mélangent. Comment expliquer ce développement ?

Ce succès est-il vraiment récent ? Pour l’enseignante chercheuse Marie-Laure Viaud (photo ci-contre), spécialiste des pédagogies alternatives, ce n’est pas la première fois que ces écoles ont du succès. Dans les années 1920, il y a eu tout un mouvement pour l’Education nouvelle qui s’est développé jusqu’aux années 1930. Le contexte d’après-guerre a favorisé le désir de reconsidérer les méthodes éducatives. Ce succès vient par cycle et actuellement, nous serions dans une phase de développement.

Cette multiplication des écoles alternatives apparaît pour plusieurs raisons.  Selon la chercheuse, il y aurait eu un changement dans les pratiques éducatives des familles grâce à la diffusion des idées sur la pédagogie positive et l’éducation bienveillante.  « Les parents sont donc plus demandeurs d’une école qui corresponde à cela. » Un deuxième facteur d’après Marie-Laure Viaud serait internet : « il y a un échange d’informations qui fait que ces pédagogies sont de plus en plus connues, nous ne sommes plus obligés de passer par des canaux officiels pour transmettre des connaissances. ». A cette liste, elle ajoute la valorisation des initiatives citoyennes dans le domaine du social, « toutes les petites innovations et prises d’initiatives sont intéressantes pour la société comme créer une école par exemple.»  

D’autres raisons sont invoquées par Rémi Bonasio et Bruno Fondeville, enseignants en sciences de l’éducation à l’Université Toulouse Jean-Jaurès, comme la fragilisation des institutions.

Il y a un échange d’informations qui fait que ces pédagogies sont de plus en plus connues.

Marie-Laure Viaud

Des critiques portées à l’encontre de l’école publique

L’Education nouvelle et son développement sont fortement liés aux problématiques actuelles qui touchent l’éducation : inadéquation des exigences scolaires avec les rythmes biologiques de l’enfant, méthodes pédagogiques inadaptées aux attentes des élèves ou des parents, objectivité relative des évaluations, etc. De par son histoire, l’Education nouvelle offre de nombreuses perspectives de compréhension sur l’état actuel de l’école.

D’après Marie-Anne Steiner, professeure de classe de primaire à l’école Steiner-Waldorf à Sorgues (Vaucluse), “l’école hors contrat est là pour pallier les défaillances de l’école publique. Elle accueille les enfants qui ont été abîmés et ne sont pas pris en compte par l’Education nationale : enfants précoces, dyslexiques. Dans les écoles hors contrat, on n’a pas d’administration qui nous empêche de faire doubler un élève s’il en a besoin, on soutient les enfants en difficulté, on est plus vigilants »

Une éducation publique qui ne répondrait plus aux demandes des parents

La réalisation de soi, la prise en compte de l’individualité sont des concepts repris par certaines de ces pédagogies. Ils paraissent répondre à une demande croissante des parents. Selon Marie-Laure Viaud, on retrouve dans toutes les pédagogies nouvelles un suivi plus personnel, plus individuel des enfants. « C’est plutôt dans l’essence de la pédagogie Montessori. On met de plus en plus l’accent sur la réalisation de soi, sur le développement personnel. C’est l’individu avant le collectif. C’est aussi le signe de l’individualisation de notre société. ».

On met de plus en plus l’accent sur la réalisation de soi, sur le développement personnel. C’est l’individu avant le collectif. C’est aussi le signe de l’individualisation de notre société.

Marie-Laure Viaud

Pour Patricia Spinelli, directrice de l’Institut Supérieur Maria Montessori (ISMM), « l’école traditionnelle instruit, apprend à lire et à écrire et transmet des savoirs. Notre finalité n’est pas la transmission des savoirs mais la construction de l’être. » C’est une des raisons qui a poussé Joseph Albrecht à scolariser son enfant de 5 ans à l’école Chant’arize (Ariège), inspirée de la pédagogie Steiner et de la Forest School. Il considère que « dans le domaine public on ne nous donne pas ces clés de compréhension de l’autre. On nous note juste et on a toujours besoin d’être mieux noté. On nous compare l’un à l’autre avec ces notes. Dans cette école, on est en dehors de ce système, on prend l’autre là où il en est. » Il reproche à l’école publique une certaine uniformisation, reflet de notre société actuelle, mais aussi une compétition exacerbée entraînant le jugement dès le plus jeune âge.

La demande d’une plus grande autonomie de l’enfant ?

Françoise Candelier a enseigné pendant trente ans dans l’Education nationale avant de fonder en 2009 l’école du Blanc Mesnil. Son école s’inspire de plusieurs pédagogies alternatives. Pour elle, l’Education nationale a abîmé la relation professeur-élève. « Malgré la bonne volonté des enseignants, le système a mis dans la tête du professeur qu’il était un animateur. Alors qu’il doit enseigner à son élève. On arrive à des débordements épouvantables, des professeurs qui ne savent plus comment gérer leurs élèves, des élèves qui ne les respectent plus. »

Pourtant, de nombreuses écoles alternatives promeuvent au contraire une plus grande liberté et autonomie de l’enfant. C’est le cas des Forest School. Louise est encadrante dans l’école Pleine Nature de Moulis où elle a scolarisé son enfant. Elle cherchait quelque chose de différent pour ses enfants pour qui le fonctionnement des écoles publiques ne convenait pas : « trop de temps assis, s’ils sont en train de faire quelque chose qui leur plaît, ils doivent arrêter parce que c’est la fin du cours. Il faut arrêter le cours de français pour commencer le cours de maths et ainsi de suite. Tout est géré par quelqu’un d’autre et ça c’est dur pour les enfants ».

Ce succès des écoles alternatives est donc à relativiser. Il n’est ni récent ni aussi visible en France que dans d’autres pays comme les Etats-Unis ou l’Allemagne. Pour autant, ce développement pose des questions sur le manque de mixité sociale dans certaines de ces écoles.

Elisa Rullaud avec Marine Clerc et Pauline Ducousso
Photos : Tom Binet

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des élèves de 15 ans sont peu performants dans les trois domaines d'évaluation (compréhension de l'écrit, sciences, mathématiques) selon le rapport PISA

Entre 200 et 250 écoles se revendiquent de la pédagogie Montessori. 29 de plus on été créées en 2018.

En France, environ 25 000 enfants étudient en pédagogie Freinet et 2528 en pédagogie Steiner